Après plus de huit heures passées à l’école, vous retrouvez votre enfant et, naturellement, vous lui demandez : COMMENT S’EST PASSÉE TA JOURNÉE ? Et là, la réponse tombe, sans appel : JE SAIS PAS.
Forcément, on se pose des questions. Il vient de passer toute une journée à l’école. Il a joué, travaillé, mangé, discuté, peut-être ri, peut-être pleuré… Alors comment peut-il ne pas savoir ce qu’il a fait ?
En réalité, ce petit « je sais pas » ne signifie pas forcément qu’il n’a rien à raconter ou qu’il ne veut pas vous parler.
Raconter sa journée demande beaucoup à son cerveau.
Avant 6-7 ans, raconter sa journée constitue encore un véritable effort pour un enfant.
Pour répondre à une question aussi large que « Qu’est-ce que tu as fait aujourd’hui ? », plusieurs mécanismes doivent fonctionner ensemble.
- L’hippocampe qui intervient pour retrouver les souvenirs de la journée.
- Le cortex préfrontal qui aide à les trier, les organiser et choisir lesquels raconter.
- La mémoire de travail qui permet de garder certaines informations en tête le temps de construire sa réponse.
Autrement dit, derrière une question qui nous paraît toute simple, on lui demande en réalité de chercher, trier, sélectionner, organiser et raconter… le tout en quelques secondes.
Son « je sais pas » peut alors devenir une sorte de réponse refuge : non pas parce qu’il refuse de parler, mais parce qu’il ne sait tout simplement pas par où commencer.
Et si on l’aidait à retrouver le fil ?
Plutôt que de lui demander de raconter huit heures de sa vie d’un seul coup, on peut lui donner de toutes petites portes d’entrée dans ses souvenirs.
Et parfois, il suffit même de proposer quelque chose de volontairement faux ou un peu absurde :
- Est-ce que le moment le plus drôle aujourd’hui, c’était quand Lucas a fait un prout ? Il y a de grandes chances pour que vous obteniez immédiatement : Mais noooon ! C’était quand… Et voilà. Un premier souvenir est revenu.
On peut faire exactement la même chose avec le reste de sa journée :
- Vous avez fait du coloriage aujourd’hui ? : Non, on n’a pas fait de coloriage, on a fait de l’écriture !
- Tu as joué avec Emma à la récréation ? : Non, j’ai joué avec Adam et Léo.
- La maîtresse vous a lu une histoire aujourd’hui ?
- Quelqu’un a fait une bêtise qui t’a fait rire ?
Et on peut aussi ouvrir la porte sur des moments moins agréables :
- Est-ce qu’un copain t’a fait de la peine aujourd’hui ?
- Est-ce que quelqu’un a essayé de te taper ou a tapé un autre enfant ?
L’objectif n’est pas d’enchaîner toutes ces questions jusqu’à obtenir le compte rendu complet de la journée. Une seule peut suffire. Parce qu’un souvenir en appelle parfois un autre, puis encore un autre… et la conversation démarre naturellement.
Et certains jours, malgré tout, la réponse restera « je sais pas ». Ce n’est pas grave. Il pourra raconter quelque chose plus tard, au dîner, dans le bain, au moment du coucher… ou pas du tout ce jour-là.
Petit à petit, en l’aidant à aller chercher ses souvenirs plutôt qu’en lui demandant de les restituer tous d’un coup, on l’accompagne aussi dans cette compétence.
Parce que finalement…
Raconter sa journée, ça s’apprend.
